Colloque SBEC "Le Soleil, sa parentèle divine et héroïque "

Date : 21 mars 2026

Lieu : ULB

Titre : Le Soleil, sa parentèle divine et héroïque 

 

 

Résumés :

Romain Garnier

Titre : Le dieu soleil louvite Tiwad- et sa parentèle étymologique

 

     En anatolien, il en va du théonyme solaire comme de la désignation du « roi » : chaque branche de la famille s’est doté indépendamment de vocables divers, preuve indirecte de l’absence de la chose ainsi nommée au moment de l’entrée des peuplades indo-européennes en Anatolie. Le dieu soleil était sans doute présent chez les autochtones. Le mot louvite DTiwad- (< *dí-wo-d-) se superpose au mot hittite šiwatt- « (clarté du) jour » (< *di-wó-t-), qui n’est pas un théonyme (il rend l’akkadien ūmu- « jour »). Un léger détail diffère : la place de l’accent, qui a provoqué une lénition en louvite. La chose n’est pas anodine : elle enferme que le lexème *di-wó-t- a été divinisé à une haute époque, et que le recul d’accent pourrait s’expliquer par la pression du vocatif (*Díwod- « ô dieu du jour ! »), qui est pragmatiquement le cas souvent le plus employé pour un théonyme (noter ainsi le latin Iūpiter qui est le correspondant parfait du grec homérique Zεῦ πάτερ [Zeû páter] « ô seigneur Zeus ! » [vocatif]). Le palaïte DTiyaz est le strict cognat du théonyme louvite, et présente une évolution phonétique spécifique de *-w- passant à -y- au contact d’une voyelle d’avant (i ou e). Cela exclut donc la possibilité d’un quelconque emprunt au louvite, et désigne la forme comme héritée.

     Comme on sait, le hittite a emprunté son théonyme du dieu soleil (hittite DIštanu-) aux Hattis, qui étaient indigènes à la terre qu’occupèrent les Hittites. Ils lui adjoignirent la puissante déesse soleil d’Arinna — autre divinité locale. Or, il est certain que les Anatoliens possédaient le mot *dyéw- « ciel-diurne » qui a donné les théonymes bien connus Dyaus, Zeus et Jupiter. Pourquoi n’ont-ils point forgé un nom du « Jour » personnifié à partir de ce vieux mot hérité ? La matière est complexe, mais il appert que, à leur entrée en anatolie, les locuteurs indo-européens considéraient encore que *dyéw- « ciel-diurne » était l’habitat des dieux. Ils n’ont jamais possédé le mot *deywó- « appartenant au ciel-diurne » (sanskrit devá-, latin deus « dieu »). Les Anatoliens ont tiré une désignation générique du « dieu » à partir du génitif refait *diyūnos « (celui) du ciel-diurne », soit ce qu’on nomme un free standing genitive. Il en résulte le hittite šiūnaš « dieu », palaïte tiūnaš* et même louvite cunéiforme tiūniš (une rareté qui a été évincée par un nom très obscur : māššan(i)- « dieu »). Il faut néanmoins mentionner ici le cas du rare théonyme DŠiūš (< anatolien commun *diyūs < PIE *diy-ḗw-s) attesté uniquement en vieil-hittite, et qui devait être un Sky god plutôt qu’un Sun god… En somme, la désignation du dieu solaire louvite offre des éléments de chronologie relative fort lumineux sur la religion indo-européenne.

 

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Fig. 1 : Offrande libatoire au dieu du Soleil Tiwaz (à droite, avec le soleil ailé) et au dieu de la Lune Arma (à gauche, avec le croissant de lune) dans un relief provenant d'Arslantepe.Museum of Anatolian Civilizations, Ankara, Wikipedia.

 

Alaint Meurant

 

Titre : "Le Soleil de Rome : lumière, éclipse et théologie politique dans la geste de Romulus"

 

Résumé : La figure de Romulus, fondateur et premier roi de Rome, a toujours oscillé entre la lumière et l’ombre: héros civilisateur et meurtrier fratricide, roi divinisé et victime d’une disparition inexpliquée. Le mythe de sa «translation céleste», couplé aux récits d’obscurcissement solaire accompagnant sa mort et son apothéose, révèle une élaboration symbolique où la lumière solaire et son contraire — l’éclipse — servent de langage cosmique à la légitimation du pouvoir qui lui est conféré. On tentera de montrer ici  que, dans la légende romuléenne, la lumière solaire ne se limite pas à un simple ornement mythologique: elle s’inscrit dans la constitution d’une théologie solaire du pouvoir royal, instrumentalisée ensuite par les empereurs. Les éclipses, en revanche, cristallisent le passage du roi-homme au roi-divin, dans une narration où le ciel lui-même approuve l’ordre politique naissant.

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Photo : "Le dialogue ininterrompu", Alain Meurant et Christian Rose colloque du 16 novembre 2019, « D’un sexe à l’autre ».

 

 

 

 

Christophe Vielle

Titre : "Aurore et crépuscule du héros solaire et/ou magiquement cuirassé"

Résumé : Dans l’aire mythologique indo-européenne, au sein du mytho-cycle héroïque traditionnel la geste racontant le grand conflit lié à la fin même des héros et de leur Âge — geste troyenne, des Bhārata, des Nartes, d’Ulster ou des rois — est caractérisée de façon correspondante par l’apparition d’un héros solaire et/ou magiquement cuirassé : Memnon en Grèce (fig.1), Kara en Inde, Sybælc/Sx’æl-Beson chez les Ossètes, Fer Diad/Conganchnes Mac Dedad en Irlande, Camille à Rome ; personnage-type qui, à l’exception du dernier, connaît une destinée tragique car en définitive vaincu par le « meilleur des héros » (Achille, Arjuna, Batraz, Cú Chulainn) dont il constitue pourtant le plus grand adversaire. La comparaison de ces figures correspondantes s’attachera à leurs similitudes autant qu’à leurs différences ainsi qu’aux contextes idéologiques particuliers de leurs actualisations narratives.

 

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Fig. 1 : "la déesse Aurore emporte le corps de son fils Memnon", médaillon d'un kylix de Douris (peintre) et de Kalliadès (potier), v. 490-480 av. J.-C., musée du Louvre.

 

 

 

Bernard Sergent

Titre : "Mythes du soleil chez les anciens Grecs et chez les Baltes".

Résumé : la ressemblance ente les mythes connus sur le soleil en Grèce ancienne et dans la documentation lettone a été remarquée depuis longtemps. Une récente communication de Laura Massetti permet d'avancer dans cette question, et des remarques personnelles sur la ressemblance avec un mythe lithuanien permettent de voir d'autre choses. La communication repose la question, en donne les tenants et aboutissants, dont un résumé de l'étude de Massetti, et développe certains points. 

 

 

Eugène Warmenbol (Université libre de Bruxelles)

 

Titre : «Le cheval, le cerf et l’astre : Soleil du Jour et Soleil de la Nuit à l’âge du Bronze

en Europe nord-occidentale »

 

Résumé : Le disque doré tracté par un cheval de bronze, mis au jour à Trundholm (Seeland, Danemark), l’un et l’autre montés sur un châssis à six roues, ainsi, passe à juste titre pour une des images-clés de l’âge du Bronze européen (fig. 1).

Le disque représente le soleil, doré sur l’avers, qui symbolise sa face « diurne », mais non sur le revers, qui se rapporte à sa face « nocturne ». Le cheval figure l’animal « divin » tirant l’astre diurne d’un horizon à l’autre. À Trundholm, il ne s’agirait toutefois pas, à proprement parler, de la reproduction d’un char solaire, à la manière de celui de l’Hélios hellène, dont le char fut malmené par son fils Phaéton. Les roues ne servent ici, en effet, qu’à assurer la mobilité de l’ensemble dans un contexte qui nous échappe.

La découverte de Trundholm témoigne, ni plus ni moins, et de manière explicite, de l’existence d’un ou de plusieurs systèmes cosmologiques, mythologiques, voire philosophiques dans l’âge du Bronze européen. Le monde nordique associe par ailleurs le soleil à d’autres animaux, dont le cerf (mais aussi le cachalot !), qui remplacerait à l’occasion le cheval comme tracteur. La question qui se pose est celle de savoir si le cheval de Trundholm ne pouvait être, en quelque sorte, transformé en cerf, par l’adjonction de quelques pièces (on notera, a contrario, que la queue de l’animal, tel qu’il nous est parvenu, semble fort courte pour être celle d’un cheval, mais est d’une taille tout à fait normale pour être celle d’un cerf) lorsqu’il s’agissait d’évoquer la course « nocturne », dont le cheval n’est en aucun cas le tracteur.

Que la transformation du cheval en cerf ait effectivement été une (pré)occupation des « barbares » indo-européens est, de fait, spectaculairement démontré par les découvertes réalisées dans le domaine scythe, datant, certes, de l’âge du Fer. Ainsi à Pazyryk, dans l’Altaï, les tombes 1, 2 et 5, datant de la fin du Vème et de la première moitié du IVème siècle avant notre ère, ont produit des chevaux qui étaient pourvus de coiffes reproduisant des bois de cerf, en bois, en cuir et en feutre (fig. 2). Certes il s’agit là d’exemples lointains, pour nous, mais qui ne nous éloignent pas du rite, ni du mythe, chez les Indo-Européens.

 

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Fig.1: Char solaire de Trundholm, XVe siècle av. J.-C.,Âge du bronze danois. Musée national du Danemark, Copenhague, Wikipédia.

 

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Fig.2 : Masque de cheval à bois de cerf issu de la culture Pazyryk (Ve siècle av. J.-C.), découvert dans la vallée de l’Oulagan, dans l'Altaï russe, Instagram.

 

Leonid Kulikov

Titre : "Les enfants humains du dieu solaire Sūrya Vivasvan et la généalogie palimpsestique des premiers humains, Yama et Yamī  (Témoignages issus des mythologies indo-iranienne et nordique)"

 

Résumé : Dans ma communication, je discute certaines divinités mineures (démons) du panthéon indo-iranien, telles que les Gandharva(s), et leurs parallèles indo-européens possibles en dehors de l'indo-iranien. Je me concentrer en particulier sur certaines caractéristiques de Njörðr et d'autres dieux nordiques Vanir afin de montrer leurs similitudes structurelles avec les Gandharva(s), notamment leur importance pour des questions telles que la sexualité et la fertilité. Je me focalise sur la généalogie des premiers humains, Yama et Yamī, en démontrant que leur origine alternative (provenant de Sūrya Vivasvan ou d'un gandharva) peut être considérée comme un exemple de généalogie palimpseste. Une attention particulière est accordée à l'étymologie des noms de ces dieux et personnages mythologiques. Je démontre en outre que cette comparaison peut éclairer les conceptions anthropogoniques des Proto-Indo-Européens et permettre de comprendre comment ils envisageaient l'origine de l'humanité et le rôle des dieux (mineurs) dans cette émergence des humains.

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Fig. 1 : Surya dans un contexte hindou, dans le temple Virūpākṣa à Paṭṭadakal (VIIIe siècle de notre ère), Wikipédia.

 

 

Njörðr - Wikipedia

Fig. 2 : Illustration islandaise du XVIIe siècle représentant Njörðr, Wikipédia.

 

 

Patrice Lajoye

 

Titre : "Y a-t-il eu un dieu celte du soleil?"

Résumé :  Plusieurs mythologies du monde indo-européen disposent d'un dieu du soleil : la Grèce antique connaît Hélios, les Latins, Sol, l’Inde védique et hindouiste, Sūrya. Mais qu'en a-t-il été chez les Celtes? Les textes gallois et irlandais, profondément évhémérisés, montrent bien des personnages solaires, mais aucun clairement identifiable au soleil, même si on a parfois pensé à Lug comme dieu solaire possible. En Gaule, le dieu gréco-romain Apollon jouit d’un culte important, mais de toutes ses épithètes, seule celle de « Grannos » a été envisagée pour désigner un dieu solaire, malgré l’opposition de certains linguistes. Les Celtes ont-ils vraiment intégré à leur panthéon un dieu du soleil, sachant que dans une partie des langues celtiques, le mot désignant le soleil est féminin ? La réponse à cette question n’a rien d’évident.

 

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Fig. 1 : Autel d'Apollon Grannus et Sirona, Baumberg (Allemagne), Wikipedia.

Gravure de Charles Robert représentant l'autel d'Apollon Grannus et Sirona, découvert à Baumberg (Allemagne). Trois faces de l'autel sont représentées. A gauche le coté gauche de l'autel avec Apollo Grannus tenant une lyre, au centre la face principale de l'autel avec une inscription, à droite le coté droit de l'autel avec la déesse Sirona tenant un épis de blé et une grappe.