Parsons D.N., Welsh and English in Medieval Oswestry: The Evidence of Place-Names: 5, English Place-Name Society, 291 p.

 

Oswestry est une petite ville marchande anglaise située à l'extrémité nord-ouest du Shropshire, à quelques kilomètres à l'est de la digue d'Offa (Offa’s Dyke), un impressionnant terrassement de plusieurs mètres de haut s'étendant de manière quasi ininterrompue de la mer d'Irlande à l'estuaire de la Severn. À environ cinq kilomètres à l'ouest se trouve le Pays de Galles, ainsi que des communautés où la langue galloise est encore parlée. On estime que ce remarquable rempart a été construit vers l'an 800 et que, depuis lors, elle a globalement servi de frontière politique entre l'Angleterre et le Pays de Galles.

Un rapide coup d'œil à une carte de l'Ordnance Survey permettra au lecteur curieux de constater que les noms de lieux gallois sont très courants dans cette partie de l'Angleterre et dominent les zones situées à l'ouest. En effet, jusqu'à très récemment, Oswestry s'enorgueillissait de posséder deux chapelles de langue galloise et un distributeur automatique de billets proposant le gallois comme option linguistique. On entendait également très souvent cette langue dans les rues.

On sait depuis longtemps que toute cette région regorge de toponymes gallois et anglais, qui s’entremêlent, et certains chercheurs avaient déjà examiné ces données d’un œil critique afin d’esquisser l’histoire linguistique de la région. Cet ouvrage explore toutefois les détails encore plus en profondeur, en se penchant sur les subtilités de la microtoponymie et le contexte de la création des noms de lieux dans les deux langues, afin d'apporter un éclairage nouveau sur l'histoire sociolinguistique de cette région au cours des quelque 1 200 dernières années.

Le Dr David Parsons, en plus d’être un expert en runes anglaises, est actuellement directeur de l’English Place-Name Survey, et cet ouvrage remarquablement détaillé et approfondi constitue une étude exemplaire de la manière dont les noms de lieux et les noms de personnes peuvent nous renseigner sur l’usage familier de la langue dans une « zone frontalière », en se concentrant sur le Moyen Âge. Il ne s'agit pas simplement d'une étude toponymique, mais d'une enquête sociolinguistique mûrement réfléchie et perspicace, qui intéressera toute personne s'intéressant à cette région, à l'histoire de la langue galloise et aux changements linguistiques en général.

Nous avons la chance que deux sources anciennes importantes, contenant un nombre considérable de noms de lieux, aient été conservées. Il s’agit tout d’abord d’un registre du « Close Role » datant de 1272 et concernant le Hundred d’Oswestry, ainsi que du cartulaire de l’abbaye d’Haughmond (vers 1480), un monastère augustinien situé à quelques kilomètres à l’est de la ville, qui possédait de nombreuses terres dans la région. Ces sources fournissent également des preuves des modes de propriété foncière gallois, notamment le gwely (« lit »), qui appartenait à une famille plutôt qu’à un individu.

Cet ouvrage substantiel est divisé en six chapitres. Le premier offre un aperçu clair de l’histoire de la région, et le deuxième détaille les deux sources mentionnées ci-dessus. Le chapitre 3 propose une étude détaillée de quelques documents types, et le chapitre 4 constitue l’essentiel de l’ouvrage. L’auteur s’y concentre sur une analyse classée par ordre alphabétique des éléments génériques attestés dans les sources, d’abord les gallois, puis les anglais. Pour les celtistes belges, la première section est sans doute la plus intéressante, car les éléments abordés sont presque exclusivement d’origine celtique et ont très bien pu être attestés, sous une forme antérieure, en Gaule belgique. Par exemple :

·       afon (« rivière ») 

·       bedd (« tombe ») 

·       carnedd (« cairn, tumulus ») 

·       celli (« bosquet ») 

·       gwaun (« lande ») 

·       gwern (« aulnes, marécage ») 

·       maes (« terrain découvert ») 

·       pant (« creux, dépression ») 

·       perth (« haie, fourré ») 

·       rhos (« terrain élevé ») 

·       rhyd (« gué ») 

·       tir (« terre ») 

·        (« maison ») 

Bon nombre de ces mots sont attestés dans des régions situées en dehors du Pays de Galles, où le celtique était autrefois parlé, mais il n’est pas certain qu’ils aient survécu en Belgique. La situation du gallois et de l'anglais présente des similitudes très marquées avec l'expansion du germanique à l'époque post-romaine et son recul au cours des siècles plus récents. Il est difficile de trouver à redire à cet ouvrage mûrement réfléchi et érudit.

Guto Rhys